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D’ombre et de lumière #Psychologue

Dernière mise à jour : 5 août 2022

D’ombre et de lumière







Nicolas Bottin m’a proposé de rédiger un article sur la santé mentale. J’ai donc profité de cette idée pour

vous parler d’un épisode difficile de mon histoire. Je n’en ai pas encore parlé sur les réseaux ni sur mon

blog perso, peut-être par pudeur, peut-être n’osant pas passer le cap.

C’est dire à quel point parler de sa santé mentale n’est pas une chose facile : « que vont penser les autres

de mon vécu ? comment vont-ils réagir ? quel impact cela peut-il avoir ? comment en parler sans

s’étaler, ni choquer ? » Mais ne pas en parler laisse dans l’ombre toute cette particularité inhérente à notre

humanité, ainsi que toute l’inquiétude que nous pouvons ressentir à l’égard de la santé mentale, des

troubles psychologiques... L’idée que cela n’arrive qu’aux autres est fausse, on le sait tous (1 personne

sur 5 sera concerné dans sa vie par un trouble de santé mentale), mais on préfère ne pas y penser. Le

silence entraîne alors l’imagination et les films, les livres nous renvoient une image erronée de ce qu’est

réellement le vécu des personnes vivant avec un trouble, ou ayant eu des passages de vie difficile.

Je préviens donc les lecteurs·ices à ce stade, je vais parler de ma part d’ombre et de lumière, d’un passage

sombre de ma vie éclairée à la lumière de ma compréhension actuelle. C’est un témoignage dur, j’ai mis

plus de temps que je ne le pensais à le faire.

En mai, j’ai été témoin d’un accident de voiture. Premiers arrivés sur les lieux, moi et mon conjoint avons

aidé au mieux les victimes des deux voitures. C’était un accident grave, une personne n’a pu être réanimée.

Ce type d’événement traumatique dans une vie peut arriver à n’importe qui. Chacun·e y réagira

différemment. J’aimerais vous parler de mon ressenti et de ce qui arrive généralement dans ce type de situation.

Sur le moment, j’ai mobilisé mes propres ressources, puisant dans mes compétences évidemment

lacunaires, personne n’est préparé à cela. J’ai ressenti une impression d’irréalité, de figement de la scène

tout d’abord, une incrédulité aussi et de la peur, du stress et un sentiment d’impuissance. J’ai également

eu l’impression d’être seule, que le temps s’étirait, et que l’espace se rétrécissait autour de moi.

Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est d’abord de comprendre ce qu’est un psychotraumatisme. J’avais déjà

abordé ce trouble lors de mes études de psychologie et je m’étais informée plus spécifiquement par intérêt

personnel.

La perturbation de la perception du temps et de l’espace, l’impression d’irréalité, c’est ce que l’on appelle

la déréalisation et cela peut se produire lors d’un événement traumatique.

Dans les 2 semaines qui ont suivi cet événement, j’ai ressenti une culpabilité énorme et irraisonnée : je me

suis dit que j’aurais pu, dû faire autrement, peut-être que cela ne se serait pas passé comme ça. J’ai à ce

moment-là appris que la culpabilité est un symptôme post-traumatique courant, ce qui m’a aidé à

comprendre que cette culpabilité était liée au vécu traumatique et qu’elle était donc excessive. J’ai dû

m’efforcer à appeler la gendarmerie qui a entamé une enquête pour prendre des nouvelles des

personnes victimes de l’accident. Cet appel m’a fait énormément de bien, le gendarme m’a rassurée, en

me disant que j’avais fait tout au mieux, et a rétabli une part de la réalité qui avait été faussée : je n’étais

pas seule, et beaucoup de monde était venu aider. Il a pu aussi me rassurer sur la bonne santé des

personnes qui avaient dû se faire soigner à l’hôpital.

Un point là-dessus : des théoriciens ont pu émettre l’hypothèse que l’événement traumatique était

fantasmé, faux, inventé. Je pense que la première chose à faire est de croire à 100% les personnes qui

expliquent leur vécu. La déformation des souvenirs, si elle est présente, n’a concerné pour ma part que

certaines aires et perceptions (temps et espace notamment), mais pas les faits qui eux sont bien réels, ni

mon propre vécu.

Durant ces 2 semaines, ce qui a été aussi très éprouvant pour moi ce sont les images et les pensées

intrusives. A chaque instant je repensais à l’accident et à ce que j’avais vu. C’était terrible parce que cela

me remettait sur le lieu de l’événement, je revivais en boucle et je ressentais les mêmes émotions, la

même poussée d’angoisse. C’était intrusif dans le sens où je ne pouvais pas, au début, les contrôler, cela

revenait sans cesse.

Je me suis alors rappelée une visio-conférence sur le souvenir traumatique qui m’a beaucoup aidée, où

Mme Joanna Smith, psychologue clinicienne, parlait en 2015 de la différence entre un souvenir normal et

un souvenir traumatique. Elle faisait l’analogie avec un œuf. Le souvenir normal est comme un œuf de

poule. Un souvenir traumatique est comme un œuf d’autruche brillant, bruyant aussi, qui attire l’œil et

l’oreille. On se sent attiré par lui et on ne peut que difficilement en détourner l’attention. En me rappelant

cela, j’ai compris que le souvenir traumatique, bien qu’extrêmement réel et vivace dans ma tête, prenait


une place qui elle n’était pas normale. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti. Dès que j’essayais de

penser à autre chose, ce souvenir attirait mon attention et je me sentais comme happée par lui, engluée. Je

me suis alors dit que ce n’était pas normal, j’ai cherché à lui barrer la route. J’ai trouvé l’image d’une

porte qu’on ferme, et je lui ai fermé la porte au nez. Pas une ou deux fois, mais à chaque fois que le

souvenir revenait. Pendant 2 semaines, je lui ai barré l’accès toute la journée, cela me demandait

beaucoup d’effort et de contrôle. Je me suis aidée de la musique, qui me permettait de me concentrer sur

autre chose que les pensées et images qui voulaient m’entraîner à chaque seconde.

Après ces 2-3 semaines, les images étaient moins intrusives, je pouvais décider de leur laisser l’accès ou

de le leur en empêcher. J’ai alors commencé un suivi psychologique pour mon anxiété et le sentiment de

culpabilité, et pour des accès dépressifs.

Par la suite, j’ai eu des soucis de sommeil avec une insomnie du matin liée à l’anxiété et quelques

cauchemars en lien avec mon vécu antérieur, des événements qui n’avaient pas été complètement résolus

et que l’accident avait remué chez moi. Le suivi psychologique a été une bouffée d’oxygène et m’a

permis de mieux gérer l’anxiété. Cela m’a permis de me redonner confiance pour remobiliser mes propres

ressources, rechercher des solutions et pouvoir apporter du sens à mes angoisses.

Actuellement, j’y pense moins souvent, sauf à certaines dates. Je me sens parfois anxieuse, stressée, mais

la méditation de pleine conscience, la respiration, le fait de savoir que je peux décider et contrôler la place

ou l’implication de ce qui m’arrive m’apaisent énormément. Je sens que certaines valeurs ont pris plus

d’importance dans ma vie, j’ai plus besoin de calme qu’avant par exemple, mais je pense que j’apprécie

plus aussi les bons moments.

Mes solutions me sont d’ailleurs personnelles, et chacun puisera dans son vécu, sa personnalité, ses

valeurs, pour y trouver ses propres ressources. Je dirais que ce qui m’a le plus aidée, c’est de savoir que

ce que je vivais était « normal », correspondait aux symptômes typiques d’un stress post-traumatique. Le

risque de ce discours est de minimiser la portée du vécu de l’événement, qui lui ne se réduira jamais, quel

que soit le vécu des personnes, à une liste de symptômes. Mais savoir que d’autres vivent la même chose

dans cette situation, et ont trouvé des « trucs » qui ont fonctionné pour eux, je suis convaincue que c’est

une démarche importante pour tous·tes.

Si ce témoignage vous a remué ou vous a fait vous sentir mal, n’hésitez pas à prendre conseil, à en parler

à votre entourage, vos proches et/ou des professionnels·les qui sauront vous écouter et vous soutenir. Je

vous remercie de m’avoir lue. Prenez bien soin de vous.


Dinsa


 
 
 

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