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J’ai testé pour vous : la dépression quand on est #Psy / #santé / / Merci à RichardCy !

Dernière mise à jour : 21 févr.



J’ai testé pour vous : la dépression quand on est psy


Au printemps 2020, j’ai connu un épisode dépressif. Celui-ci m’a accompagnée pendant plusieurs mois, teintant de diverses nuances de noir mon univers. En soit, cela n’a rien d’exceptionnel. En France, en 2021, il a été estimé que 12,5% des 18-85 ans avaient traversé un épisode dépressif au cours des 12 derniers mois. Mon expérience ne diffère donc pas de celle de millions d’autres français.

Ma seule particularité est celle que constitue ma profession : je suis psychologue.


Curieusement, alors que le grand public part plus ou moins du principe que « tous les psys sont fous » (du moins, c’est ce que me répétaient à l’envie ma famille, certaines connaissances et même des inconnus durant mes études et le début de ma carrière), l’évocation de troubles de santé mentale au sein de la profession est un grand tabou.

Quand j’étais étudiante, un de mes mentor m’avait dit que : « dans la vie, il faut choisir : soit on est patient, soit on est soignant. »

Je pense que ce type de réflexions est contreproductive. Tout d’abord, cela reflète le sentiment, ou plutôt l’illusion, d’omnipotence de certains soignants (désolée, mais pour ma part, je suis psychologue durant la semaine de 9h à 18h. En dehors de ces horaires, je suis une personne banale). Ensuite, cela place une frontière fictive dans le psychisme humain alors que la santé mentale est un continuum. Enfin, cela favorise l’(auto)stigmatisation qui est davantage responsable des retards de diagnostics et de prises en soins, d’aggravation des symptômes et des décès prématurés que n’importe quelle maladie.


Il m’a fallu un certain temps pour dépasser mes propres barrières pour témoigner en mon nom. Cela n’a pas été simple et a suscité beaucoup de questions. Est-ce que mon expérience valait la peine d’être racontée ? Est-ce que ça apporterait quelque chose ? Et si oui, à qui ? Est-ce que cela pourrait impacter ma carrière ?


Finalement, je me suis dit que je ne pouvais pas dénoncer la psychophobie ou encourager la pair-aidance dans ma pratique et mes textes professionnels si je restais bloquée avec le phénomène d’auto-stigmatisation quand il s’agissait de parler de mon expérience.

C’est pourquoi, lorsque Moryotis a lancé un appel à contribution pour son blog, j’ai proposé de partager mon vécu. Il m’a fallu un certain temps pour rédiger (et je remercie Moryotis pour sa patience) mais le texte est prêt : avoir un épisode dépressif quand on est psy.



Mon expérience



Rétrospectivement, je pense que cette dépression couvait depuis avril 2019. J’avais fait face à plusieurs déceptions et ruptures ainsi qu’à une situation de harcèlement moral au travail (un hôpital psychiatrique). J’ai traversé ces mois par la force du déni et la suractivité. En mars 2020, un drame personnel a servi d’élément précipitant (rien à voir avec le Covid-19 ou le confinement).


Au moment où j’ai accepté l’idée que j’étais déprimée et que j’avais besoin d’être aidée, je me suis mise en quête d’un.e professionnel.le pouvant m’accompagner. J’ai été confrontée à un premier obstacle. Etant membre de plusieurs associations professionnelles locales (dont une que j’avais fondé), je connaissais personnellement la plupart des psy (médecins ou psychologues) de ma région.

Si je voulais entamer un suivi et rencontrer une personne extérieure, il fallait que je fasse 2h de route minimum. J’ai pris un rendez-vous. Le confinement est arrivé sur ces entrefaites et le professionnel choisi a annulé la séance.

Je n’étais pas en état (psychologiquement parlant) pour travailler de façon efficiente. Mon médecin traitant m’a arrêtée quelques temps. A la fin du rendez-vous, j’ai été encouragée : « Vous êtes psychologue, vous savez quoi faire. »


En l’occurrence, je ne savais pas trop quoi faire de moi.

J’avais des bonnes journées durant lesquelles je pouvais être active et des moins bonnes pendant lesquelles je me demandais s’il serait plus efficace de me mettre la tête dans le four ou de m’enfermer dans ma voiture et d’allumer le moteur tout en gardant la porte du garage fermée.

Être psychologue était d’une aide modérée.
J’avais les ingrédients mais je rencontrais des difficultés à goûter ma propre cuisine.

Je suis revenue aux basiques : l’activation comportementale. Le principe est assez simple : avoir une sortie par jour et des activités simples, courtes, réalistes apportant des conséquences positives à court terme (les 3 kiffes par jour dont vous avez probablement déjà entendu parler).


Le retrait du monde soutient la dépression.

En période de confinement, question retrait du monde, j’étais servie. J’avais cette chance d’avoir un jardin. Je décidais donc de faire ma sortie quotidienne dans mon jardin. A l’intérieur de celui-ci, je développais une activité de photographe d’insectes (à l’époque, je plaisantais sur facebook en disant que j’allais publier un calendrier avec mes meilleurs modèles). C’est également dans mon jardin que j’ai écrit la majorité de mes articles de blog.


Petit à petit, j’ai repris aussi les contacts associatifs et professionnels (probablement parce que je ne sais pas décrocher). Je me suis impliquée dans des groupes d’entre-aide entre professionnels désarçonnés par la crise sanitaire et les nouvelles modalités de travail qu’elle imposait. C’est un peu comme cela que je suis remontée à la surface, même si je suis restée avec la tête à demi-immergée pendant de longs mois et cela même après la fin de mon arrêt et du confinement.


Pendant la période où j’étais arrêtée, j’ai eu un appel d’une supérieure hiérarchique. Elle m’appelait en numéro masqué. J’avais l’intuition que c’était un appel louche mais j’ai tout de même décroché. Je n’aurais jamais dû. Dans le service où je travaillais, on doutait de la légitimité de mon arrêt et elle était venue mener l’enquête. Au cours de la conversation, elle m’informa qu’elle avait initialement prévu de confier cette mission à une ancienne collègue mais qu’elle ne l’avait pas fait pour ne pas la déranger (en revanche m’appeler et me dire ouvertement qu’on doutait de mon besoin d’être arrêtée ne semblait pas poser de problème).


Aux lecteurs/lectrices, sachez que ce type de pratiques sort des droits de l’employeur et/ou du supérieur direct. Je n’avais aucune obligation de répondre et elle n’avait pas le droit de me contacter et de tenir de tels propos. Par ailleurs, chacun a le droit au silence sur son état de santé. L'arrêt n°12-17159 de la Cour de cassation (en date du 18/092013) le précise :

Il n'y a aucune obligation de la part du salarié à révéler ses troubles de santé ou son handicap à son employeur ou son futur employeur.

Au téléphone, je suis restée évasive et elle a raccroché visiblement déçue de ne pas avoir percé à jour les raisons de mon arrêt. Quelques mois plus tard, l’hôpital se rattraperait sur ma notation de l’année en inscrivant dans la rubrique « appréciation générale » que mon arrêt avait impacté négativement la vie du service et la prise en charge des patients. Je pense plutôt que c’est en allant travailler alors que j’étais au plus mal psychologiquement que j’aurais eu un impact négatif sur les personnes rencontrées.


Quand j’ai été suffisamment bien pour reprendre mon activité professionnelle et accompagner d’autres personnes, j’ai été confrontée aux incohérences et aux situations ubuesques de l’hôpital publique (mais ça, c’est une autre histoire). J’ai annoncé à tout le monde que je ne resterai pas. Cette crise personnelle a été l’occasion de me demander qu’elles étaient les choses importantes pour moi sur le plan professionnel.


Je savais ce dont je ne voulais plus. Je savais mieux poser mes limites.

Je voulais continuer à m’engager pour les autres mais je ne voulais plus que cela se fasse aux dépens de ma propre santé et qu’on profite de mon abnégation pour me contraindre à aller là où je ne voulais pas.


Dans le contexte post-confinement, j’ai trouvé assez rapidement un nouveau job. Je suis partie moins de deux mois après mon retour d’arrêt. Il m’a encore fallu un certain temps avant de me sentir pleinement sortie de cet épisode dépressif. Je ne me suis sentie réellement hors d’affaire qu’en décembre 2020. Patience et longueur de temps, comme on dit.



Les troubles de santé mentale chez les psys, une question pas si isolée




Il a beaucoup été question dans les médias de la difficulté d’accéder aux soins de santé mentale durant la pandémie. Je peux le confirmer. Toutefois, je pense, qu’indépendamment du contexte, accéder aux soins de santé mentale quand on est soit même un professionnel de ce secteur est particulièrement complexe.


Contrairement aux idées les plus répandues, être psy ne vous prédispose pas et ne vous protège pas des troubles psychiatriques. Une étude anglaise de Tay, Alcock et Scior , parue en 2018 dans le Journal of Clinical Psychology, révèle que sur les 678 psychologues cliniciens interrogés, 2/3 avaient déjà présenté un trouble psychiatrique. Parmi les répondants, 82.9% avaient souffert de dépression (d’intensité modérée à sévère). Du fait du phénomène de (auto)stigmatisation, la majorité d’entre eux n’avait pas évoqué ses difficultés à son environnement professionnel et 16% des répondants ne s’était pas autorisé à chercher de l’aide auprès d’un professionnel de santé (seuls 3.8% avait été consulter un psychiatre dans le privé et la majorité des répondants (53.2%) s’était uniquement tournés vers leur médecin traitant. 45.6% avaient consulté un psychothérapeute).

Les psychologues n’osent pas révéler souffrir ou avoir souffert d’un trouble de santé mentale par peur des jugements négatifs, de perdre leur crédibilité auprès de leurs collègues ou que cela impacte négativement leur carrière.

Une autre étude britannique, menée par Cohen, Winstanley et Greene, parue en 2016 dans Occupational Medicine, portant sur les troubles de santé mentale parmi les médecins (toutes spécialités confondues) révèle que 60% d’entre eux souffre ou a souffert d’une maladie psychiatrique. Parmi eux, 41% a révélé ses troubles. L’étude incluait à la fois les internes et les médecins diplômés et en exercices depuis plusieurs années (dans le secteur public et/ou privé).


Les internes s’autorisent moins à parler de leurs troubles par crainte d’être victimes de discriminations sur le lieu de travail et que cela freine l’avancée de leurs études et de leur future carrière.

Les médecins diplômés et expérimentés sont plus prompts à évoquer leurs troubles. Toutefois, ils révèlent que leur première motivation est de négocier un aménagement de poste ou de temps de travail. En d’autres termes, les médecins révèlent leurs troubles dans l’espoir de bénéficier d’aménagements pour continuer à exercer leur métier dans de bonnes conditions.


Je n’ai pas trouvé d’études françaises sur ces sujets, mais je suis prête à parier qu’elles donneraient le même type de résultats.


La première crainte des « psys » expérimentant des troubles de santé mentale est de devenir et d’être perçus comme incompétents. Cette peur est-elle justifiée ? Ne relève-t-elle pas purement et simplement d’un phénomène d’auto-stigmatisation qui devrait être combattu ?

A nouveau, les Anglais nous apportent des éléments de réponse.


Une étude de Simonds et Spokes parue en 2017 dans la revue Eating Disorders indique que la révélation par les psys d’avoir souffert d’un trouble des conduites alimentaires a tendance à renforcer l’alliance thérapeutique. Je n’ai malheureusement pas trouvé d’études portant sur d’autres troubles ou sur un large panel d’individus.


De mon côté, je n’aborde pas directement mon expérience en situation professionnelle.

D’abord, parce que rien ne m’y oblige, ensuite parce que les situations ne s’y prêtent pas nécessairement. Je dirais que mon expérience m’aide à mieux identifier les signes d’une dépression ou d’un épuisement professionnel, à aborder les idées noires, à élaborer des plans thérapeutiques et surtout des plans de sécurité lorsque les pensées suicidaires deviennent envahissantes. J’encourage beaucoup les personnes à rencontrer des pairs-aidants.


En conclusion de ce papier, je voudrais simplement rappeler que les troubles de santé mentale concernent tout le monde. Nous pouvons (et probablement serons) tous être touchés par la maladie et, en soit, c’est correct.

Le véritable drame est le fait de vivre sa maladie dans la honte ou d’être entouré de personnes qui vous font ressentir de la honte concernant votre santé.

Nous parlons de plus en plus des troubles psychiques et cela est heureux. Cependant, je pense que nous devrions davantage ouvrir le débat pour en faire un véritable enjeu sociétal et politique. Il reste encore du chemin à parcourir. Révéler présenter ou avoir expérimenter un trouble de santé mentale n’est que la première pierre de chemin.


Je remercie encore Moryotis et ses lecteurs/lectrices de me permettre de poser cette pierre au grand jour.


RichardCY





Sur la toile, retrouvez les productions de RichardCY. Consultez les liens ci-après.




Cet ouvrage donne aux thérapeutes les informations essentielles sur la déficience intellectuelle et les prises en charges adaptées selon l’étiologie.

Ce livre fournit aux professionnels et aux étudiants les informations les plus récentes et les plus complètes sur la déficience intellectuelle et ses répercutions tant que le plan neuropsychologique que psychopathologique. Il fait également le tour des prises en charges validées et adaptées selon l’étiologie de la déficience : autisme, trisomie 21 et autres anomalies chromosomiques, épilepsie, maladies infectieuses.



« Arrête de jouer ta parano ! » « À force de psychoter, je vais devenir complètement paranoïaque. » Peut-être avez-vous déjà entendu ces phrases, ou peut être les avez-vous déjà employées vous-mêmes pour vous désigner ou pour qualifier une personne que vous trouviez un peu trop méfiante ou sur la défensive. Les termes « paranoïa » et, a fortiori, « parano », font partie du langage courant au point que la plupart des personnes les emploient en oubliant qu’ils désignent une pathologie mentale : la psychose paranoïaque.

Afin de clarifier cette différence, cet ouvrage répond à un double objectif :

  • Proposes des clés de compréhension pour distinguer la « paranoïa ordinaire » de la pathologie, en abordant aussi la schizophrénie paranoïde et du trouble de la personnalité paranoïaque

  • Transmettre les données les plus actuelles afin d'offrir des pistes de réflexion pour les personnes en souffrance, pour leurs proches ainsi que pour les professionnels de santé.

Cyrielle Richard est psychologue et neuropsychologue, ainsi que présidente de l’association des praticiens en thérapies comportementales et cognitives de Bourgogne (APTCCB).



Cette histoire de la psychologie et de la psychiatrie propose une approche originale de ces disciplines :

  • Une découverte de la matière à travers l'histoire des médecins illustres… et surtout de leurs patients non moins célèbres!

  • Une présentation des grandes théories et traitements, des progrès, mais aussi des erreurs et errements dans ces disciplines ;

  • De nombreuses anecdotes historiques.



Entre 35% et 50% des individus déficients intellectuels ont des troubles du comportement qui ont un impact négatif à la fois sur leur qualité de vie et sur celle de leur entourage.

Cet ouvrage cherche à faire le point sur les questions suivantes :

  • qu’est-ce que la déficience intellectuelle exactement ? Et quelles en sont les causes ?

  • Qu’est-ce qu’un trouble du comportement ?

  • Que peut-on qualifier de trouble du comportement chez les personnes déficientes intellectuelles ?

  • Comment comprendre ces moments de crise ?

  • Et comment agir et réagir face à ces situations tendues ?

Ce nouveau livre de la collection Savoir pour guérir s’adresse à l’entourage des personnes déficientes intellectuelles. Vivre avec un proche en situation de handicap n’est pas toujours simple mais c’est dans la compréhension mutuelle et le respect des limites et possibilités de chacun qu’une meilleure autonomie et une cohabitation harmonieuse peut s’établir.

Cyrielle Richard est psychologue et neuropsychologue au Centre hospitalier de l’Yonne et travaille auprès de patients en situation de handicap ; elle est présidente de l’association des praticiens en thérapies cognitive et comportementale de Bourgogne.



u-tube :



Cyrielle Richard, psychologue et psychothérapeute parle de paranoïa et de schizophrénie paranoïde.



Qu’est-ce qu’être paranoïaque? Quelle est la différence entre des pensées suspicieuses et la paranoïa ? Comment savoir si on peut faire confiance à ses propres pensées ? Quelle est la différence entre la jalousie et la paranoïa ? Le racisme et l'homophobie sont-elles des paranos collectives ?


Ouvrages collectifs :







 
 
 

1 Comment


Je savais fort bien que même les psychologues qui sont avant tout des êtres humains, pouvaient aussi être en souffrance. C'est très courageux d'en parler. Je souhaite à cette personne de retrouver le chemin de la sérénité. Ce sont les expériences qui nous forgent. Dites vous bien que ce sont les gens qui nous cause du tort qui devraient suivre des formations comportementales. Ils ne doivent pas connaître l'empathie.

V

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